—Hâtez-vous, monsieur, parlez; qu'y a-t-il? dit Rosalie.
—Mademoiselle, vous êtes témoin que j'ai toujours fait l'éloge de M. Tourneur.
—Oui, monsieur; ensuite?
—Je vous ai dit, à vous comme à Mlle votre tante et à M. votre père, que Tourneur était un artiste de talent, un excellent cœur, et ce que nous appelons, nous autres hommes de plaisir, un vrai bon enfant. Je le jugeais en camarade, et mon opinion n'a pas changé; vous m'interrogeriez encore sur ces points-là, je vous répondrais la même chose. Mais pourquoi n'ai-je pas su plus tôt que M. votre père avait d'autres idées, et qu'il voulait vous marier à lui? Certes, je ne vous aurais pas crié: «Ne l'épousez pas, il est indigne de vous, vous vous en repentiriez plus tard!» Non, je ne suis pas homme à desservir un ami. Mais je vous aurais dit tout doucement, là, dans votre intérêt: «Voilà l'obstacle; il y a des femmes qui s'en épouvanteraient; il y en a d'autres qui croiraient que ce n'est rien; à vous de voir si vous voulez engager la lutte avec cette personne, et le souvenir d'une longue liaison, et les gages réciproques, et tout ce qui s'ensuit. Si vous espérez être la plus forte, mariez-vous!»
M. de Chingru n'eut pas plutôt parlé, qu'il recueillit les fruits de son discours. Les larmes ne tombèrent pas des yeux de Rosalie, elles jaillirent devant elle, comme lancées par une force invisible. Mais ce fut l'affaire d'un instant. La courageuse fille contint sa douleur.
«Je vous remercie de vos bonnes intentions, dit-elle, nous savions tout.» Elle ajouta, pour assurer l'effet de son mensonge trop évident: «M. Tourneur nous a confié l'histoire de la liaison dont vous parlez, et votre zèle ne nous apprend rien. Du reste, tout est rompu, n'est-il pas vrai?
—Je le crois, mademoiselle, autant qu'on peut rompre....
—Il suffit, monsieur; et si aucun autre devoir à remplir ne vous retient chez nous....