—Je.... Si vous.... Vous comprenez, mademoiselle, que, placé entre la nécessité de parler ou de me taire....

—Vous vous êtes tu quand il fallait parler, et vous avez parlé quand il fallait vous taire. Adieu, monsieur.»

C'est en ces termes que M. de Chingru fut remis à la porte.

Le même jour, à quatre heures du soir, M. Gaillard venait de serrer ses plumes, son canif et ses manches de percale noire. Une grande et belle femme, jaune comme une orange, fit invasion dans son bureau.

«Monsieur, s'écria-t-elle avec un accent très-marqué, il est un monstre! Je l'aimais, je l'aime encore; j'ai quitté pour lui mon pays, ma famille et le théâtre de la Scala où j'étais prima donna absolue. Il veut se marier; il m'abandonne avec nos deux pauvres enfants, Enrico et Henriette. C'est un monstre, monsieur, un père dénaturé. Je vous défends de lui donner votre fille! Mon cher Gaillard, tu as l'air d'un honnête homme; promets-moi que tu ne lui donneras pas ta fille! Je suis folle, vois-tou; comprends-moi bien, mon bon Gaillard, je ne sais pas le français, je mi spiego mal; mais tu vois bien que je.... je n'ai plus ma tête. S'il se marie, je l'ammazzero.... je le tuerai avec sa femme; je me tuerai ensuite, je mettrai le feu à l'église, et j'irai faire pénitence à Rome! Jure-moi que tu ne lui donneras pas ta fille!»

M. Gaillard essuya un déluge de paroles où l'italien et le français se mêlaient agréablement. Il démêla comme il put ce fatras d'exclamations, et il apprit que son futur gendre avait séduit et abandonné Mellina Barni. Il consola comme il put la belle inconsolable, et il écrivit, séance tenante, le billet suivant qu'il fit porter par un commissionnaire:


«Paris, ce lundi 30 juillet 1855, quatre heures un quart.
«Monsieur,

«J'ai reçu à mon bureau la visite de Mlle Mellina Barni; je n'ai rien de plus à vous dire. Cette jeune dame paraît fort intéressante, et je ne suis pas assez dénaturé pour vouloir la séparer du père de ses enfants.

«Veuillez agréer, monsieur, les assurances de ma considération la plus distinguée