— Laquelle?
— Avant huit jours d'ici, tu la sauras, je te le promets.
En effet, il me faut maintenant attendre quelque peu, attendre une absence de Blasquez, ou la provoquer si elle tarde trop : car j'ai besoin d'être seul avec mon assassin pendant une bonne heure. J'attendrai. Cette patience est même un plaisir : je m'en délecte, et, tandis que nous causons, que nous rions, je guigne mes trois bombes sur leur planchette, et mes trois cruches dans leur coin : je dis bien « mes trois cruches », puisque nous avions utilisé la quatrième, qui était pleine d'eau.
J'attends deux jours. Il faudrait en finir, pourtant? Encore deux jours… Enfin, Blasquez nous annonce qu'il est convoqué à une réunion catalaniste, pour le lendemain.
Demain! Demain! Ah! la folle nuit d'insomnie que j'ai faite avec ce mot-là! L'exquise nuit de certitude! Et quelle adorable journée, ensuite, avec toutes ces heures qui tournaient au cadran, et que je regardais tourner, en les décomptant par demies et par quarts : lorsqu'elles tintaient au clocher de la cathédrale, j'avais l'obsession d'entendre, dans leur musique prolongée, un rire de Barbara et de Catalina, qui chantonnaient : « C'est pour ce soir… » Mon idée me grisait comme un vin : j'exhibais sans contrainte une gaieté d'estudiantina, et le majestueux Émile, en riant malgré lui, sentenciait, non sans dédain :
— Quel gosse!
Le souper fut verveux. Au dessert, Diego nous quitte : l'heure est venue.
— Au laboratoire, Émile, veux-tu?
J'emmène ma proie qui, naturellement, par légitime orgueil, marche en avant : j'ai raflé, sur la table, un jambon, un pain, un couteau. Je tâte mes poches : je n'oublie rien?
Le dos va devant moi, le dernier soir d'un dos! Il est prétentieux, oui, vraiment, et comique, d'aller ainsi, bêtement, sans défiance, et de montrer la route! Derrière lui, j'ai des envies de gambader.