Il avait demandé et obtenu le commandement d'un torpilleur, où l'indépendance est plus grande, la vie plus solitaire ; son équipage le craignait en le détestant, et nul, dans la flotte pas plus qu'à terre, ne pouvait se dire ni se croire son ami.
A peine avait-il, deux ou trois fois, adressé la parole à Mercédès ; rien ne révélait qu'il l'eût particulièrement distinguée. Un jour, elle apprit qu'il sollicitait sa main ; elle ne fit qu'en rire. Mais son père ne riait pas : il lui remontra, le plus sérieusement du monde, les avantages sociaux que présenterait cette union ; dans une scène, qui paraît avoir été assez violente, il déclara que ce mariage était chose décidée, et se ferait.
Je n'entrerai point ici dans le détail des multiples efforts que tentèrent les deux amants, des interventions et des supplications auxquelles ils recoururent. Rien ne fit ; l'idée de s'apparenter à une famille presque royale obnubilait l'entendement du père, et sa vanité prévalut sur toute considération sentimentale. Les fiançailles furent solennelles.
Don José ne se dissimulait en aucune sorte les répugnances de la señorita, mais il n'en avait point souci : que sa propre volonté fût accomplie, cela lui suffisait.
— J'en aime un autre, lui dit sa fiancée.
— Eh bien! Mademoiselle, vous l'oublierez.
La prudence du père et la défiance naturelle de don José appréhendaient que les amoureux eussent recours à des moyens extrêmes pour rendre irréalisable le mariage projeté, et pour imposer le leur par un fait accompli : Mercédès n'y eût certes pas fait de résistance, et mon frère eût osé un enlèvement au risque de compromettre sa carrière par le scandale d'une telle équipée.
Mais rien de semblable n'arriva, car toutes mesures avaient été prises pour empêcher désormais une rencontre des deux amants : doña Mercédès et Miguel ne se revirent plus.
Si donc la fiancée n'apportait pas à son époux un cœur intact et libre, il n'avait du moins à se plaindre d'aucun grief plus grave, et don José n'en demandait pas davantage.
Aimait-il vraiment sa femme? Il est loisible d'en douter : peut-être son caprice n'avait pas eu d'autre origine qu'un sentiment de basse envie, provoquée par le dépit de constater, avec tout le monde, la préférence qu'une superbe créature marquait à l'un de ses collègues ; le goût de nuire l'avait excité ; l'entêtement avait fait le reste, aidé par ce besoin de vaincre les résistances et de dominer tout.