Pendant cette période, j'ai fort peu souffert : plutôt que de la douleur, plutôt que de l'angoisse, j'éprouvais du malaise. L'ébranlement nerveux de mon organisme tout entier ne me permettait pas davantage.

Le pire vint ensuite, et ma véritable torture ne commença que dans les instants progressifs où peu à peu je recouvrais mes sens. A ce moment, l'idée d'être mort se mua, sans transition, en une crainte de mourir.

— Je pense, donc je suis!

Le mot de Descartes a sauté en moi comme un ressort qui se détend… Pardon : cela non plus n'est pas tout à fait juste ; il ne faut pas dire : un ressort ; il faut dire : un levier. Cette pensée (c'était bien une pensée, alors) se levait avec une force sûre, et me levait : j'eus la sensation de monter, de surmonter, de me dégager ; mes muscles bougeaient intérieurement, mes paupières s'ouvrirent, et ma poitrine aspira. Oh, mal, très mal! En ce moment-là, oui, j'ai souffert.

Je voulus remuer, je ne pouvais pas ; je voulus voir, et je me constatai aveugle : dans les ténèbres, des ronds de clartés prismatiques roulaient et s'évanouissaient.

— Je vais mourir!

Je croyais à mon agonie sans m'en expliquer la cause ni les conditions, et aussi sans chercher à les connaître. Un temps indéfini, mais qui dut être assez bref, s'écoula dans cette demi-torpeur. Enfin, apparut en mon cerveau le traditionnel : « Où suis-je? »

De nouveau, j'essayai de mouvoir mon corps, mais vainement : des choses dures, aiguës, l'enserraient de toutes parts, et leurs arêtes me pénétraient, à chaque tentative d'un geste.

— Qu'est-ce que tout cela signifie?

Par l'effort de comprendre, mon esprit se suscitait, ressuscitait : si obtus que fût encore mon intellect, je dépensais à cet effort une volonté prodigieuse, qui me faisait mal sous le crâne. Puis, tout à coup, une terreur folle me prit, et mouilla mon front de sueur : j'avais compris, je me souvenais!