2 février. — Est-ce vrai? Lubert affirme que la préventive compte pour la durée de la peine, et que, par conséquent, le petit boucher sera libéré le 8 juin ; il dit aussi que, pour la première peine, il pourrait invoquer la prescription, et que, dans ce cas, il sortirait le 8 avril, une semaine avant le terme.
3 février. — La même voix toujours a crié derrière ma porte, très distinctement : « J'aurai ta peau! »
4 février. — Lubert a pris des renseignements : le petit boucher sortira de prison le 8 juin ; j'aurai le temps de déménager. Tout de même, Lubert estime que, pour moi, il vaudrait encore mieux quitter Paris et permuter. Si cela se pouvait! En province, on est tranquille. Je vais faire passer une annonce dans les journaux.
5 mars. — L'affaire de la permutation est manquée. Il faut, paraît-il, attendre l'automne. D'ici là, je serai mort. D'ailleurs, je ne vis plus.
8 mars. — Plus que trois mois! Je refais mon testament.
15 mars. — J'ai trouvé un petit appartement à Montmartre : c'est un tout autre quartier, aussi loin que possible de Montrouge ; on ne viendra peut-être pas me chercher là. Autre avantage : l'appartement est libre et je pourrai emménager dès le 1er avril. Je signe.
18 mars. — Lubert prétend que j'ai eu tort de choisir Montmartre, qui est le rendez-vous des Apaches, et où le petit boucher a certainement des amis : je n'avais pas songé à cela. Où donc vivre, mon Dieu?
1er avril. — J'emménage : c'est une grosse fatigue. Le soir, au moment de me coucher, je reçois une dépêche : « J'aurai ta peau. — Le Petit Boucher. »
Ainsi, ce départ n'a servi à rien : le bandit connaît ma nouvelle adresse.
2 avril. — Sur le conseil de Lubert, je porte ma dépêche au commissariat. On me rit au nez, on prétend que j'ai reçu un poisson d'avril.