31 avril. — Mon nouveau quartier ne me réussit pas : tout ce mois-ci, j'ai vécu comme dans un rêve. La menace du petit boucher me poursuit. Il pense à moi, là-bas, et je l'entends. Lubert m'a expliqué la télépathie. J'ai des élancements dans la tête, et je peux à peine me traîner au bureau : je prends l'omnibus, chaque fois. Mes appointements n'y suffiront pas. C'est presque une délivrance, de mourir.
8 mai. — Plus qu'un mois! Je me suis promené, ce soir, sur les boulevards extérieurs, pour jouir un peu du beau temps et de ma liberté : car, dans un mois, je sens bien que je n'oserai plus. Je n'ai pas honte d'avoir peur : je suis fait ainsi, et ce n'est pas de ma faute. J'ai vu, sur le boulevard, des amoureux qui s'embrassaient. Moi, je suis tout seul.
13 mai. — Lubert me conseille d'acheter un revolver pour défendre ma vie.
16 mai. — J'apprends à tirer, dans ma chambre, sans cartouche. Mais cette arme m'épouvante. Au bruit qu'elle fait, il me semble que le petit boucher tire sur moi, comme dans la nuit du 6. Mais il me tuera avec son couteau. J'aimerais mieux une balle.
18 mai. — Il faut, décidément, que je me remette au bromure.
25 mai. — Scène violente du chef, qui menace de demander ma révocation, parce que je n'ai la tête à rien. Il a raison : je n'ai la tête à rien. Il faut que je cesse le bromure. Je suis très malade.
1er juin. — La semaine commence. Dans une semaine, il sortira de sa prison.
6 juin. — Après-demain, il sera libre.
7 juin. — Demain!
8 juin. — Il est libre! Je le vois. Je l'ai vu toute la nuit. Il me cherche. Il a acheté un couteau neuf. J'ai mal dans la tête. Impossible de quitter mon lit. Et le chef? J'essaie mon revolver. Jamais je n'oserai tirer sur lui. Il me fait trop peur.