—Mais je ne dis pas trop non, mon commandant.
—Adorable petit fat que vous faites!…
—Non, je vous promets bien, foi d'honnête homme, qu'il n'y a aucune espèce de fatuité de ma part dans cette affaire… Il y a plutôt regret et… un peu peur…
—Toujours de la peur chez ce diable de capitaine d'armes… Ah çà, est-ce que si le hasard voulait que nous eussions un engagement et qu'il fallût payer de votre personne, vous ne parviendriez pas à vous débarrasser de cette couardise qui vous travaille si rudement?
—Au contraire, commandant, au contraire… je sens qu'à présent je me battrais comme un lion, tant je suis las de la vie… Je ne vois que trop clairement que je ne suis destiné qu'à être toujours malheureux et qu'à traîner une existence misérable au milieu de tous les événemens et dans toutes les parties du globe.
—Et c'est parce que vous vous trouvez trop malheureux pour supporter la vie, que vous vous sentiriez assez brave pour affronter la mort? Singulière espèce de courage que vous avez là, monsieur mon capitaine d'armes!
—Non, commandant, ce n'est pas cela que j'ai voulu vous faire entendre. J'ai voulu dire que mon désespoir ne pourrait que contribuer à augmenter ma détermination naturelle…
—Oui, oui, j'entends parfaitement que vous ne savez pas ce que vous voulez dire… Cambusier, cambusier!»
L'homme chargé à bord du corsaire de la distribution des vivres, se présenta devant son commandant, la casquette à la main. Le commandant lui intima cet ordre:
«Vous allez donner un grand verre d'eau-de-vie à monsieur…»