—C'est bon… A propos, vous aurez soin de faire descendre immédiatement nos prisonnières de l'entrepont, dans la cale… L'affaire que nous allons avoir ne regarde pas les femmes.

—C'est vrai, commandant: il ne faut pas d'ailleurs risquer à avarier la marchandise dans le combat… Moi-même je vais veiller à les faire descendre en double à fond de cale…

—Allez! vous savez maintenant l'ordre du jour… Silence, toujours silence! et attention au commandement; casse-cou au besoin et souple à l'abordage s'il le faut… Vous n'oublierez pas d'ordonner à notre nouveau capitaine d'armes, de se tenir au pied du grand-mât, là sans cesse sous mes yeux… C'est un garçon sans expérience et qui a besoin d'être surveillé…»

A l'instant où l'Invisible venait de donner ainsi son dernier ordre, un homme placé sur le côté de dessous le vent de la petite dunette qu'avait la corvette, se mit à brailler en anglais, dans son long porte-voix, en s'adressant à l'Oiseau-de-Nuit:

«Brick, ohé!»

L'Invisible laissant ce cri sauvage se perdre dans les airs et sur les flots, continua à se promener paisiblement comme s'il n'avait rien entendu…

Le héleur obstiné, qui probablement n'était rien moins que le commandant de la corvette, très surpris et peut-être bien même très piqué de n'avoir obtenu aucune réponse, renouvela son interpellation avec plus de force encore que la première fois et d'un ton impérieux qui sentait le dépit qu'avait dû lui faire éprouver le silence absolu qu'on avait observé à bord du brick.

«Brick, ohé!» répéta l'officier de la corvette jusqu'au complet enrouement de sa voix.

L'Invisible ne daigna pas seulement tourner la tête du côté d'où lui venait le bruit; tous les officiers et les matelots pirates, seulement en voyant l'impassibilité de leur capitaine, avaient fixé leurs yeux flamboyans sur lui, comme pour attendre le signal de faire feu.

Aucun geste ne leur fut fait, aucun signal ne devait encore leur être donné…