Cette fois pas de réponse, le bruit seul qu'on fait à bord de la corvette accueille son interrogation; c'est à son tour d'éprouver l'humiliation du silence qu'il a fait subir à son adversaire…

Mais lui, moins patient, malgré sa résignation apparente, que le commandant dont il a dédaigné les questions, ajoute à son interpellation:

«Si vous ne répondez pas à ce que je vous demande, je vous coule!»

Et il crie une seconde fois à la corvette avec le même sang-froid et la même lenteur:

«Oh! du navire, oh!…»

Au bout d'une minute de silence, l'Invisible, sur lequel tombe la clarté de la lune du bord du vent, lève, agite son porte-voix: c'est le signal qu'attend depuis long-temps son brûlant équipage: toute la volée de tribord part et tonne, ne fait qu'un coup et va se loger de bout en bout par la hanche dans les flancs ébranlés de la corvette…

«Casse-cou, casse-cou! tout le monde à plat sur le pont! s'écrie l'Invisible dès que sa voix peut se faire entendre après le fracas de la formidable bordée qu'il vient de lancer…»

La corvette revient au vent pour riposter: elle envoie toute sa bordée de bâbord au corsaire qui la reçoit vaillamment à bout portant. Un seul homme pendant ce terrible vacarme est resté droit sur le pont auprès des deux timoniers qui gouvernent à la barre: ce seul homme c'est l'Invisible

«Recharge en double et feu toujours! dit-il à son équipage: ils crient comme des salopes à bord de cette barque à piment; elle est à nous!…»

Les volées se succèdent: on combat en silence à bord du corsaire: on ne tire qu'en désordre et au milieu du tumulte à bord de la corvette…