—Oui, riche! grosse hébêtée!… qu'en dis-tu?

—Moi je vous dis merci à vous, capitaine, ainsi qu'à toute la compagnie.»

Ici Supplicia nous fit la plus belle et la plus sérieuse révérence.

«Mais que feras-tu de ton argent, de tes trente mille francs, dis-moi, ma grosse commère? Voilà ce que je te demande depuis une heure, au lieu d'une grande révérence.

—Combien ça fait-il, s'il vous plaît, capitaine, trente mille francs?

—Ça fait de quoi acheter trente négresses comme toi, au prix où en est la marchandise à la Martinique.

—Eh bien, je dis que je donnerai mon argent à M. Gustave s'il a besoin d'être riche, actuellement que vous lui avez fait de la peine.

—Donner ton argent à M. Gustave! j'aimerais cent fois mieux le jeter à l'eau et te casser les reins après à toi et à ton fils!… Mais Dieu aidant, nous y mettrons bon ordre, et avec de belles rentes sur l'État, nous veillerons à frapper un plan de retenue sur ta stupide générosité. Allons, messieurs, versons-nous chacun un verre de Bordeaux, et buvons à la santé de la comtesse de l'Annonciade. A sa santé! à sa santé! et n'en parlons plus. C'est une affaire réglée.

—Oui, quand je serai rentré dans ma créance,» répondit le vieil habitant en sablant un verre de Laffitte.

Pendant quelques heures, le petit drame que nous venions de jouer dans la cour de la mairie, occupa tout Paris. Il obtint même dans les salons une certaine vogue de scandale. Plusieurs journaux en parlèrent en se demandant si un homme comme le Banian oserait se présenter à la chambre, et si l'honneur que lui avaient fait les électeurs en le nommant député, ne devait pas être effacé par la flétrissure qu'il avait reçue à l'étranger. L'opinion publique parut croire que quelque légale que fût l'élection du nouveau député, sa conduite passée était encore plus ignominieuse que son élection n'était honorable pour lui et humiliante pour ses commettans.