«Par une force électrique, ou un tourbillon ascendant, un mouvement circulaire est donné à une petite partie de la surface de la mer autour de laquelle on voit des brisans, et les eaux semblent tourbillonner avec une vitesse de deux, trois, quatre ou cinq milles par heure. Au même moment, une très grande partie de l'eau que contient la trombe se disperse en parties extrêmement fines, ressemblant à de la fumée ou de la vapeur, et en faisant un grand bruit qui provient de la vitesse avec laquelle tourbillonnent ces gouttes d'eau, elles montent en décrivant une spirale jusqu'à ce qu'elles se joignent au nuage qui est au-dessus. Au milieu de la trombe, il existe une lacune dans laquelle ces gouttes d'eau ascendantes ne pénètrent pas, et dans cette lacune, ainsi que le long de la partie extérieure de la trombe, il semble pleuvoir. Cela vient de ce que la force motrice n'étant pas assez puissante dans ces parties pour faire monter l'eau, elle retombe en forme de pluie.

«La lacune qu'on aperçoit au centre de la trombe, est probablement la colonne transparente qu'elle paraît former quand on la voit de loin. Durant les calmes, les trombes ont une direction verticale; mais quand il vente, elles sont inclinées et courbées selon la pression que le vent exerce sur elle. Quelquefois elles disparaissent tout-à-coup; mais il y en a qui parcourent rapidement la surface de la mer et qui durent plus d'un quart-d'heure.

«On en rencontre rarement la nuit, bien qu'il me soit arrivé d'en trouver une. Les trombes ne sont pas aussi dangereuses que le prétendent quelques personnes, qui disent, que quand elles se rompent, elles jettent assez d'eau pour couler un navire. Je ne pense pas qu'il en soit ainsi, attendu que l'eau ne tombe que comme une forte pluie; mais un petit bâtiment courrait le danger de chavirer, s'il avait beaucoup de voiles dehors, et un grand navire qui n'amènerait pas ses huniers et ne tournerait pas ses cargues-points, pourrait les voir remonter par l'effet du tourbillon, et serait exposé à démâter. On pense qu'en tirant du canon auprès d'une trombe, on doit la disperser par l'ébranlement que cause l'explosion dans l'atmosphère. Dans le voisinage des trombes, le vent est sujet à changer promptement de direction, en sorte qu'il est prudent de se tenir sur une voilure aisée.

«Quand une trombe passe sur la terre, elle enlève toutes les matières légères qui sont à sa surface; j'en ai vu une passer sur la rivière de Canton, qui fit bouillonner l'eau comme celles qu'on rencontre en mer, et tous les navires près desquels elle passa, l'évitèrent sur leurs ancres. Elle dépouilla plusieurs arbres de leurs feuilles, qui s'élevèrent dans l'air à une très grande hauteur, ainsi que le chaume de plusieurs cabanes.

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[2] Les vœux d'une nature au moins aussi étrange que celui que je mets ici sur le compte de maître Bastringue, n'étaient pas rares chez les anciens marins livrés pour la plupart à la superstition des temps dans lesquels ils vivaient; et, pour prouver jusqu'à quel point peut aller quelquefois la bizarrerie des engagemens qu'ils prenaient avec le ciel dans les momens de péril et d'effroi, je me contenterai de citer un exemple qui, je crois, pourra me dispenser de reproduire, à l'appui de la vraisemblance du fait que j'ai cité dans ce chapitre, les autres témoignages que je serais encore à même d'invoquer en recueillant mes souvenirs.

Un capitaine caboteur, assailli par une tempête qui menaçait d'envahir à chaque lame, son malheureux petit navire, promit à la Vierge-Marie, de retirer du péché la première fille de joie qu'il rencontrerait à terre, s'il parvenait jamais à rentrer sain et sauf dans le port. Le miracle se fit, et le navire fut sauvé. Le dévôt capitaine ne tarda pas à trouver l'occasion de se montrer fidèle au vœu qu'il avait formé dans le danger, et, en arrivant pieds nus à terre, pour aller déposer un cierge bénit sur l'autel de la secourable Madone, il rencontra sur son chemin la femme qu'il s'était engagé à retirer des abîmes du vice. C'était, entre toutes les pécheresses du lieu dans lequel le capitaine avait été chercher un refuge, la fille la plus connue et la plus mal famée, et cette circonstance, en donnant plus d'éclat au sacrifice du marin, devait lui rendre ce sacrifice plus méritoire, et son devoir plus sacré. Il épousa sa nouvelle et facile conquête en donnant à la cérémonie de son mariage tout le pompeux scandale qu'il jugeait le plus propre à sanctifier son humilité. Mais, ce qu'il y a de plus extraordinaire dans cette inconcevable aventure, c'est que la Madelaine ainsi purifiée par les chastes feux de l'hyménée, devint aussi sage qu'elle avait été autrefois dissolue, et que son pieux époux finit par mourir d'ivrognerie dans un des lieux de prostitution, d'où il avait si évangéliquement retiré sa fiancée.

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[3] La vie de Christophe offre à la philosophie, l'exemple d'une fortune extraordinaire et la preuve malheureuse de l'ambition, qu'une élévation trop subite peut développer soudainement chez les hommes même les plus modestes et les plus obscurs.

Né dans l'île de La Grenade, au sein du plus abject esclavage, et jeté avec d'autres esclaves comme lui sur les rivages de St.-Domingue, au milieu des événemens qui devaient arracher cette colonie au joug des Européens, ce noir audacieux parvint, à la tête de quelques insurgés de sa classe, à chasser les Anglais et les Espagnols de la partie de l'île que la France révolutionnaire disputait encore aux nègres qu'elle avait eu l'imprévoyance de soulever aux premiers cris de liberté.