—Je le crois pardieu bien! Il ne te manquerait plus que de vouloir la brûler toute vive!
—C'est par l'eau que je prétends exciter au plus haut degré la sensibilité qu'elle s'efforce de me cacher sous son air de froideur.
—Par l'eau! Je m'explique bien la folie de l'amant espagnol, mais je ne comprends nullement ton projet.
—Je vais te l'expliquer en deux mots.
Nous devons, sous peu de jours, faire avec ces dames une partie de mer à l'île d'Aix. C'est moi qui ai arrangé tout cela, et en ma qualité de grand ordonnateur de la fête, je t'ai désigné pour gouverner un des canots de la frégate. Mlle Darmois fera partie de la cargaison de femmes que je te destine.
Nous ne partirons qu'avec bonne brise et nous louvoierons sur les côtes de l'île, à peu de distance de terre.
—Fort bien, nous louvoierons, je ne demande pas mieux. Et après?
—Après? Tu vas savoir, parce que j'exige de ton amitié, l'étendue de la confiance que j'ai placée en toi. C'est le secret de ma vie que je vais déposer dans ton sein. Il faut qu'en louvoyant tu fasses en sorte de chavirer ton embarcation.
—Chavirer mon embarcation avec ces dames, avec Mlle Darmois? Et pourquoi cela, s'il vous plaît?
—Pour me fournir l'occasion de sauver, sans péril pour elle et pour moi, la beauté que j'aime, car tu auras soin de ne faire cabaner ton canot que sur une partie de la côte où tout le monde pourra avoir pied, et là-dessus je m'en rapporte pleinement à ton expérience consommée et à ta prudence reconnue.