—Voici, cria-t-il, l'amour et l'orgueil du roi.

Le prince regarda Briam de travers; sur quoi le fou se sauva à toutes jambes. Il commençait à sentir de loin l'odeur des coups de bâton.

En le voyant rentrer tout haletant:

—Mon fils, dit la pauvre mère, ne retourne pas au château; ils te tueront.

—Patience, ma mère; on ne sait ni qui meurt ni qui vit.

—Hélas! reprit la mère en pleurant, ton père est heureux d'être mort; il ne voit ni ta honte ni la mienne.

—Patience, ma mère; les jours se suivent et ne se ressemblent pas.

III

Il y avait déjà près de trois mois que le père de Briam reposait dans la tombe, au milieu de ses six enfants, quand le roi donna un grand festin aux principaux officiers de la cour. A sa droite il avait le chef des gardes, à sa gauche était le gros majordome. La table était couverte de fruits, de fleurs et de lumières; on buvait dans des calices d'or les vins les plus exquis. Les têtes s'échauffaient, on parlait haut, et déjà plus d'une querelle avait commencé. Briam, plus fou que jamais, versait le vin à la ronde et ne laissait pas un verre vide. Mais, tandis que d'une main il tenait le flacon doré, de l'autre il clouait deux à deux les habits des convives, si bien que personne ne pouvait se lever sans entraîner son voisin.

Trois fois il avait recommencé ce manège, quand le roi, animé par la chaleur et le vin, lui cria: