—Fou, monte sur la table, amuse-nous par tes chansons.

Briam sauta lestement au milieu des fruits et des fleurs, puis d'une voix sourde il se mit à chanter:

Tout vient à son tour,
Le vent et la pluie,
La nuit et le jour,
La mort et la vie,
Tout vient à son tour.

—Qu'est-ce que ce chant lugubre? dit le roi. Allons, fou, fais-moi rire, ou je te fais pleurer!

Briam regarda le prince avec des yeux farouches, et d'une voix saccadée il reprit:

Tout vient à son tour,
Bonne ou male chance,
Le destin est sourd,
Outrage et vengeance,
Tout vient à son tour.

—Drôle! dit le roi, je crois que tu me menaces. Je vais te châtier comme il faut.

Il se leva, et si brusquement qu'il enleva avec lui le chef des gardes. Surpris, ce dernier, pour se retenir, se pencha en avant et s'accrocha au bras et au cou du roi.

—Misérable! cria le prince, oses-tu porter la main sur ton maître?

Et, saisissant son poignard, le roi allait en frapper l'officier quand celui-ci, tout entier à sa défense, d'une main saisit le bras du roi, et de l'autre lui enfonça sa dague dans le cou. Le sang jaillit à gros bouillons; le prince tomba, entraînant dans ses dernières convulsions son meurtrier avec lui.