A ce bruit, la fée s'éveilla, et, se levant, les yeux brillants de joie:
—Zerbin! s'écria-t-elle, Zerbin!
—C'est mon nom, je le connais, répondit le bûcheron, il n'y a pas besoin de crier si fort.
—Quoi! mon ami, dit la fée, tu ne veux pas que je te remercie du service que tu m'as rendu? Tu m'as sauvé plus que la vie.
—Je ne vous ai rien sauvé du tout, dit Zerbin, avec sa grâce ordinaire. Une autre fois, ne vous couchez pas sur l'herbe sans voir s'il y a des serpents. Voilà le conseil que je vous donne. Maintenant, bonsoir; laissez-moi dormir, je n'ai pas de temps à perdre.
Il s'étendit tout de son long sur l'herbe et ferma les yeux.
—Zerbin, dit la fée, tu ne me demandes rien?
—Je vous demande la paix. Quand on ne veut rien, on a ce qu'on veut, on est heureux. Bonsoir.
Et le vilain se mit à ronfler.
—Pauvre garçon, dit la fée, ton âme est endormie; mais, quoi que tu fasses, je ne serai pas ingrate. Sans toi j'allais tomber dans les mains d'un génie, mon ennemi cruel; sans toi j'aurais été cent ans couleuvre; je te dois cent ans de jeunesse et de beauté. Comment te payer? J'y suis, ajouta-t-elle. Quand on a ce qu'on veut, on est heureux, c'est toi qui l'as dit. Eh bien! mon bon Zerbin, tout ce que tu voudras, tout ce que tu souhaiteras, tu l'auras. Bientôt, je l'espère, tu béniras la fée des eaux.