Elle fit trois ronds en l'air avec sa baguette de coudrier; puis, elle entra dans l'étang d'un pas si léger, que l'onde même n'en fut pas ridée. A l'approche de leur reine, les roseaux inclinaient leurs aigrettes, les nénuphars épanouissaient leurs fleurs les plus fraîches; les arbres, le jour, le vent même, tout souriait à la fée, tout semblait s'associer à son bonheur. Une dernière fois elle leva sa baguette; aussitôt, pour recevoir leur jeune souveraine, les eaux s'ouvrirent en s'illuminant. On eût dit qu'un rayon de soleil perçait jusqu'au fond de l'abîme. Puis tout rentra dans l'ombre et le silence; on n'entendit plus rien que Zerbin qui ronflait toujours.
III
Le soleil commençait à baisser quand le bûcheron se réveilla. Il retourna tranquillement à sa besogne, et d'un bras vigoureux il attaqua le tronc de l'arbre qu'il avait ébréché le matin. La cognée résonnait sur le bois, mais elle ne l'entamait guère; Zerbin suait à grosses gouttes et frappait en vain cet arbre maudit, qui défiait tous ses efforts.
—Ah! dit-il en regardant sa cognée tout ébréchée, quel malheur qu'on n'ait pas inventé un outil qui coupât le bois comme du beurre! J'en voudrais un comme ça.
[Illustration: Elle fit trois ronds en l'air avec sa baguette de coudrier.]
Il recula de deux pas, fit tourner la cognée sur sa tête et la lança d'une telle force qu'il alla tomber à dix pieds, les bras en avant, le nez par terre.
—Per Baccho! s'écria-t-il, j'ai la berlue; j'ai frappé à côté.
Zerbin fut bientôt rassuré, car au même instant l'arbre tomba, et si près de lui que peu s'en fallut que le pauvre garçon ne fût écrasé.
—Voilà un beau coup! s'écria-t-il, et qui avance ma journée. Comme c'est tranché! on dirait d'un trait de scie. Il n'y a pas deux bûcherons pour travailler comme le fils de ma mère.
Sur ce, il rassembla toutes les branches qu'il avait abattues le matin; puis, déliant une corde qu'il avait roulée autour de sa ceinture, il se mit à cheval sur le fagot pour le serrer davantage, et il l'attacha avec un noeud coulant.