Elle blêmit, mais sentit la houle guerrière monter de ses entrailles et soulever son cœur.

— Vous savez que s’il faut le mien pour que le massacre cesse, il cessera à l’instant. Mais à condition que le bourreau, après, jette sa hache, rentre dans sa patrie, cultive son jardin. Je lui pardonne par amour pour ceux de la Marne, qui lui ont cassé les genoux.

— Le bourreau, mais c’est l’internationale toute entière du capital ! Ceux de la Marne ? Des esclaves. Avez-vous jamais réfléchi à la somme de lâcheté qu’il faut pour se laisser jeter à la tuerie contre son gré ? La patrie ? les patries ? elles ne commenceront à vivre que le jour où mourra la guerre.

— Si nous ne tuons pas la guerre, vous savez bien que ce sera le triomphe de la patrie qui croit le plus à la patrie et aura déchaîné la guerre. Par haine du chauvin d’ici, vous en êtes un de là-bas.

— Mais eux vivent, du moins. C’est le peuple le plus vivant. Il est organisé. Il est cohérent. Il va d’un bloc ; et nous ne sommes que poussière.

Elle eut un rire ardent.

— La poussière a brisé le bloc. Et pour vous le bloc est force et la poussière lâcheté. Riez donc avec moi, Monsieur le logicien. C’est vous qui profitez du sacrifice, visitez les musées, ascensionnez, philosophez, palabrez, c’est vous le lâche !

— Hélas ! vous savez bien que je ne profiterai pas de ce que vous appelez le sacrifice. Vous savez bien que ma vie est perdue. Vous savez bien que la France m’est interdite. Je suis un réprouvé.

— Alors, pourquoi as-tu fait ça ?

Il chancela.