Quand Pierre ouvrit les yeux, réveillé par le bruit des rues, des chambres, le va-et-vient des couloirs, il pensa tout de suite à ce qui s’était passé la veille. Bien qu’il eût dormi d’un trait, il sut que pendant qu’il dormait, quelque chose était resté suspendu sur sa conscience, qu’il s’était réservé d’examiner à son réveil. La sœur d’Élisabeth était devenue sa maîtresse. Il n’eut d’abord aucun remords, mais une sorte de surprise. Il aimait Élisabeth. Il avait pour Clotilde une amitié très vive, faite de sympathie pour sa générosité naturelle et d’admiration pour sa beauté. Elle adorait son mari qu’il estimait beaucoup lui-même. Pourquoi avaient-ils succombé ?
Ils étaient innocents. L’avait-il désirée ? Il ne s’en souvenait pas. Quinze jours, ils avaient eu l’un pour l’autre une amitié ardente dont l’un et l’autre avait besoin. Quinze jours, ils n’avaient pu se passer l’un de l’autre, parce que l’un cherchait dans l’autre le complément de la solitude intérieure qui l’obligeait à poursuivre un fantôme capable de la peupler. Elle avait pleuré au cours même de leurs étreintes, et comme il lui demandait pourquoi, elle avait répondu :
— Je l’aime.
— Qui aimez-vous ?
— Richard.
— Pourquoi vous êtes-vous donnée ?
— Je ne sais pas. Je n’avais pas l’amour, dont je vis, quand il est là. C’est vous qui étiez là. Quand vous me reprendrez, je pleurerai.
— Pourquoi ? Vous regrettez ce que vous avez fait, Clotilde ?
— Non.
— Vous m’en voulez ?