XXVIII.
LE CHARBONNIER.

Hommes noirs, d’où sortez-vous?

Béranger.

Sommaire: Allocution.—Effet de neige.—Ouvriers des bois.—Le Charbonnier fabricant.—Chansons populaires.—Recettes médicales.—Vente de charbon à Paris.—Garçons de pelle.—Porteurs de charbon.—Charbonniers détaillants.

Tout en soufflant le feu de vos fourneaux, Cuisinières parisiennes, vous êtes-vous jamais demandé par quels travaux vous était procuré le combustible dont vous faisiez usage? Vous n’avez songé sans doute, ô femmes économes! qu’à en brûler le moins possible, attendu qu’il coûte à Paris 7, 8 ou 9 francs la voie de deux hectolitres. Si l’idée de vous enquérir de son origine ne vous est pas venue, si vous êtes restées ignorantes sur ce point, vous qui savez tant d’excellentes choses, nous allons combler cette lacune de votre esprit; et puissions-nous, en vous dédiant le présent article, calmer la colère qu’ont excitée les traits satiriques précédemment dirigés contre vous.

Il faut d’abord nous transférer loin des villes, dans une clairière écartée. Quel triste voyage! une couche de glace revêt la terre; le vent soulève la neige en blanches volutes; les corbeaux croassent dans l’air; les oiseaux cherchent en piaillant les baies que l’hiver a laissées sur les arbustes. Rencontrerons-nous des hommes dans ces déserts? Oui: voici comme un camp de sauvages, comme une bâtisse de castors, des huttes de terre et de branches mortes. Là dorment sur la paille, là vivent de pain noir, de pommes de terre et d’eau, les sobres ouvriers des bois:

Nous n’avons à nous occuper ni des Bûcherons, qui abattent, coupent et mettent en corde le bois à brûler; ni des Fendeurs, qui dépècent avec le coutre et polissent avec la plane; ni des Équarrisseurs et des Scieurs de long qui préparent des planches pour les navires, et de la charpente pour les édifices. Mais notre sujet nous appelle à parler des autres travailleurs forestiers.

Les Leveurs mettent en corde le bois à charbon, dont les Dresseurs forment des monticules appelés fourneaux. Les Charbonniers recouvrent les fourneaux de feuillages et de terre, allument la mèche préparée par les précédents ouvriers, et veillent jour et nuit auprès du brasier. Pour que la carbonisation ait lieu, il faut éviter tout contact de l’air avec la matière en combustion; et que de peines coûte ce résultat! avec quelle attention on doit suivre, régler, maîtriser les progrès du feu! En raison de ces fatigues continues, n’est-ce pas un salaire bien insuffisant que 4 francs par banne de charbon de vingt hectolitres?