XXIX.
LE MAÇON.

Bon ouvrier, voici l’aurore

Qui te rappelle à tes travaux.

Le Maçon, opéra-comique.

Sommaire: Les ouvriers en bâtiments.—Le chantier.—La journée du Maçon.—Les salaires.—Le Garçon compagnon.—Le dolce far niente.—Le Contre-Maître.—Le repas.—Un tas de plâtre et une pipe.—Le Logeur.—Faire Grève.—Les plaisirs du Maçon.—Les jours de fête.—La pose du bouquet.—La conduite.—Les Combats.—Le compagnonnage.—Diversité d’origines.—Le livret.

Parmi les différents corps de métiers, celui des Maçons ou, pour parler plus exactement, celui des Ouvriers en bâtiments, est un des plus importants, tant par la diversité des travaux que par les fonctions variées qu’il renferme. Jetez en effet un regard autour de vous, du coin de votre cheminée, parcourez de l’œil votre appartement, et vous jugerez aisément combien il a fallu d’ouvriers divers pour que la maison que vous habitez pût vous recevoir convenablement. Nous ne parlerons même pas des tentures, des glaces, de l’ameublement, de tous ces détails qui font le confortable; mais ces murailles solides, formées de blocs considérables qu’on a dû monter jusqu’au dernier étage; cette charpente qui soutient la toiture; ces saillies de la pierre, habilement dissimulées sous des lignes élégantes, parfois sous des sculptures; ces murs légers en moellons, ces cloisons qui divisent commodément l’espace, les parquets, les escaliers, les persiennes, la serrurerie, ont réclamé autant d’ouvriers spéciaux:

Tous concourent, comme on le voit, à la construction d’une maison, et y laissent également trace de leur habileté et de leur intelligence; mais le titre que nous avons placé en tête de cet article nous ramène plus particulièrement à l’ouvrier chargé surtout des travaux en pierres de taille et en maçonnerie.

Sortez de très-bonne heure, à six heures en été, à huit heures en hiver, dirigez-vous vers une maison en construction, et Dieu merci, ce spectacle n’est pas rare à Paris, vous verrez arriver de tous côtés un régiment d’ouvriers, dont voici le signalement: blouse bleue ou blanche pour les uns; veste de grosse toile pour les autres; poche gonflée d’un paquet de tabac, d’une pipe ordinairement en terre et savamment culottée, enfin, d’un mouchoir de coton à carreaux rouges; pantalon de toile ou de cotonnade bleue; énormes et solides souliers où même la modeste chaussette n’est point admise. Le costume est complété par une casquette d’étoffe de drap, ou un chapeau qu’on soupçonne plutôt qu’on ne le reconnaît, sous le mouchetage qu’y ont laissé le plâtre délayé et la boue jaunâtre que produit le sciage de la pierre. Cette coiffure est déformée d’ailleurs par les coups de poing de l’amitié et de la colère.