Les porteurs de l’uniforme ci-dessus analysé sont les ouvriers du bâtiment qui viennent commencer leur journée.

Puisque aussi bien nous voici sur le chantier, nous y resterons, et tandis qu’ils vont, suivant l’usage antique, se réchauffer le coffre d’un canon de blanc ou de rouge, selon les goûts, deux mots au sujet du chantier.

Il se compose d’abord, comme sans doute vous le présumez, du lieu même où s’élève la maison et en outre de la portion de trottoir que l’administration concède à raison de cinq francs par mètre à l’entrepreneur durant toute la durée de la construction. Ainsi, quand on maudit ces clôtures de planches qui, durant plusieurs mois, viennent interrompre la circulation, du moins on a la consolation de penser que cela profitera à cet énorme budget de la ville de Paris qui permet à la municipalité d’accomplir tant d’améliorations en toutes choses; il y a compensation.

Six heures sonnent, et chacun reprend son ouvrage interrompu la veille. Les uns grimpent aux échelles et continuent la pose de leur pierre, les autres préparent le mortier ou le plâtre sur place. Si on a assez d’espace pour scier et tailler la pierre à pied-d’œuvre, comme disent les gens du métier, vous entendez de toutes parts grincer la scie, retentir le maillet du tailleur de pierre, sinon les bardeurs arrivent portant sur leur bar ou petite charrette à bras, la pierre qu’ils ont été chercher au chantier de sciage; les garçons Maçons ou manœuvres exécutent les ordres du compagnon Maçon auquel ils sont attachés; ils montent le mortier qu’ils ont préparé aux étages supérieurs, ils portent les pierres de petite dimension; enfin, ils rendent à leur compagnon tous les services utiles et souvent de pur agrément que celui-ci réclame avec l’espérance de se faire plus tard servir à leur tour.

Le garçon Maçon est, de tradition, le séide, l’alter-ego ou mieux le serviteur fidèle, dévoué d’un maître ou compagnon, d’habitude fort capricieux. Ainsi, un compagnon, perché à l’étage supérieur, appellera son garçon; celui-ci monte les cinq ou six échelles, saute d’échafaudage en échafaudage, de poutre en poutre.

«Dis donc, gamin, dit le compagnon, va me chercher ma pipe,» et la victime redescend avec la perspective de regrimper pour une raison tout aussi sérieuse.

Mais quand l’apprentissage sera terminé, quand il sera compagnon, le manœuvre aussi aura son garçon pour aller quérir sa pipe ou son tabac; et l’on parle des droits de l’homme et de la liberté individuelle!

S’il fallait de nos jours, où les rois sont liés par des chartes, des constitutions et des chambres, personnifier le despotisme, nous ne saurions mieux choisir que le compagnon Maçon et en regard nous mettrions son garçon comme le vivant symbole du dévouement et de l’abnégation; nous disons Maçon pour employer le terme générique sous lequel le monde désigne vulgairement les ouvriers en bâtiments; mais le tailleur de pierres, le poseur, le plâtrier, etc., ont aussi leur garçon.

Au surplus, si vous désirez avoir la valeur de tous ces travailleurs, évaluée en monnaie courante, la voici:

Tailleur de pierres, la journée4 fr., 4 fr. 50 et 5 fr.
Maçons, poseurs, contre-poseurs, etc., la journée3 fr., 3 fr. 50, rarement 4 fr.
Garçons Maçons, manœuvres, etc.2 fr., 2 fr. 50.