Cet appel, répété deux ou trois fois à haute voix, fit apparaître dans la chambre une vieille aux yeux chassieux, courte, mince et hideuse, qui, essuyant sa face ridée avec son sale tablier, demanda du ton dont parlent les sourds: «Est-ce vous qui m’avez appelée, ou est-ce l’horloge qui a sonné?»

Ch. Dickens, Nicolas Nickleby.

Sommaire: Comparaison de la Femme de Ménage avec le chat et le perroquet.—Description d’un physique qui n’a rien d’attrayant.—Comment on devient Femme de Ménage.—Occupations quotidiennes.—Les tourterelles et les Femmes de Ménage.

Si la Femme de Ménage n’existait pas, il ne faudrait pas l’inventer; car c’est le plus désagréable de tous les animaux domestiques, après le chat et le perroquet.

A tout prendre, elle les vaut bien. Le chat est notoirement égoïste et perfide; la Femme de Ménage ne l’est pas moins. Le perroquet jase à tort et à travers; la Femme de Ménage bavarde avec autant de ténacité, mais comme, outre le don de la parole, elle possède celui de la médisance, elle compromet par ses commérages et ses calomnies les individus qui ont le malheur de l’employer.

Encore si elle était jeune et belle! si elle avait le front élevé, le sourire gracieux, les yeux vifs, la main blanche, la taille svelte ou majestueuse! si elle se présentait à nous comme une apparition féerique, descendue du ciel sur un rayon de l’aurore! Parmi les femmes de chambre, les bonnes d’enfants, les cuisinières même, on rencontre, de loin en loin, des femmes jetées par le hasard dans une condition infime, mais dignes de figurer, aussi bien que la reine Victoria, sur quatre planches de sapin recouvertes de velours. Quant aux Femmes de Ménage, elles semblent n’avoir jamais eu de jeunesse, n’avoir jamais inspiré de tendres sentiments, être nées à soixante ans, avec un nez bourgeonné, des mains calleuses, un asthme, des rhumatismes, et le visage d’une pomme de reinette conservée six mois dans un fruitier. On épuiserait en vain toute l’eau de la fontaine de Jouvence pour leur rendre quelque fraîcheur. Elles résument tous les types de vieilles créées par l’imagination des romanciers, Elspeth, Megs Merrilies, la Sachette, Peg Sliderskew, et autres héroïnes de Walter Scott, Hugo, Hoffman et Dickens. Ces vers de l’énergique Régnier leur sont applicables:

L’une, comme un phantosme, affreusement hardie,

Semble faire l’entrée en quelque tragédie;

L’autre, une Égyptienne en qui les rides font

Contre-escarpes, remparts et fossés sur le front.