Ou, comme Boileau:

D'où vient qu'elle a l'œil terne et le teint si terni?...

Ou, comme Molière:

Il n'est pas bien honnête et pour beaucoup de causes
Qu'une femme étudie et sache tant de choses.

Ils lui font une honte de sa curiosité intellectuelle et alors, «honte pour honte», les femmes se tournent d'un autre côté. M. Joran s'acharne à trouver étroite parenté entre le féminisme et le libertinage. Il y en a une entre le libertinage et l'antiféminisme. C'est du moins l'opinion de Mme de Lambert, qui était très honnête femme.

Le curieux, dans l'affaire de ce Poulain de la Barre, c'est qu'il n'était pas convaincu du tout. C'était un sophiste qui plaidait le pour et le contre. Après son Égalité des sexes, il fit paraître un petit ouvrage en deux tomes intitulé De l'excellence des hommes contre l'Égalité des sexes (c'est-à-dire discours sur l'excellence des hommes, contre le discours sur l'égalité des sexes). Cet ouvrage n'est pas plus profond que son contraire; mais il est aussi bien écrit et il n'est pas sans valeur. On en trouvera de larges extraits dans le livre de M. Joran (Au cœur du féminisme).

Autre gibier de M. Joran: mais celui-ci dans le sens de ses idées: la brochure, célèbre en Allemagne, du docteur Mœbius. Cette brochure antiféministe ne contient guère que des affirmations. Il est vrai qu'elles sont assenées avec vigueur. Infériorité intellectuelle de la femme: «A propos d'une femme bavaroise, l'anatomiste Rüdinger prononce le mot de type analogue à l'animal»—«même l'art culinaire et les soins à donner aux enfants ont été inventés par des hommes»;—«Le jugement favorable que l'on peut porter sur la réceptivité féminine a sa contre-partie dans la constitution intellectuelle de la femme... Que les femmes peintres, sculpteurs, savantes, soient insurpassables, c'est ce qu'aucun homme de bon sens ne saura admettre. Reste la poésie; encore les vraies poétesses sont des oiseaux rares. Reste le roman. Pourtant, si gracieuses que soient maintes compositions féminines, c'est en vain qu'on y chercherait du naïf et de l'original.»—Vrai talent des femmes: «le bavardage. Leur trône est le salon; la langue allemande manque de ce terme; peut-être pourrions-nous le représenter par le mot Schwatzbude [Bavardoir. Convenons que le mot est amusant]. La femme, vieille dès cinquante ans, est sotte et sans valeur. On y objecte qu'il y a beaucoup de femmes à l'esprit vif. J'en connais aussi bien que nos critiques; mais allez dans la foule, comparez l'homme de cinquante ans à la femme de cinquante ans; examinez, ne confondez pas la souplesse de la langue et l'exagération de la pensée avec l'activité de l'esprit, et vous verrez si j'ai raison.»

M. Joran se délecte de ses pensées si profondes et il y ajoute: «M. Mœbius pourrait dire encore que la puissance de certains sens est moins grande chez la femme: par exemple, les sens de l'odorat et du goût.—Item la femme se meut plus difficilement que l'homme: rien de plus disgracieux qu'une femme qui court après un omnibus.»—Montaigne dit des sauvages: «Tout cela ne va pas trop mal; mais quoi! Ils ne portent pas de hauts-de-chausses.»

Je ne vois d'un peu pertinent dans la brochure du docteur Mœbius que ceci: les femmes s'étant emparées des métiers masculins, 1º les mariages seront moins féconds; les enfants, en même temps que plus rares, seront plus faibles; 2º le nombre des travailleurs ayant été doublé, le salaire du travail sera diminué.—A la bonne heure! voilà du sérieux.

Sur le premier point, je réponds que l'homme et la femme travaillant (ce que du reste je ne souhaite pas; je suis pour que la femme puisse exercer un métier et ne l'exerce point: et nous verrons cela plus tard; mais restons pour le moment sur le terrain du docteur), je réponds que l'homme et la femme travaillant, ils travailleront moins l'un et l'autre et que par conséquent et la femme pourra très bien élever ses enfants et le mari l'aider à les élever, ce qui n'existe pas dans le régime actuel où l'homme est forcé de travailler quatorze heures par jour.