Sitôt levée, tous les matins, Mlle Lucienne venait frapper à sa porte.

—Allons, debout! lui criait-elle.

Et vite il sautait à bas de son lit, et il s'habillait pour pouvoir la saluer avant qu'elle ne partît.

Le soir, sitôt la dernière bouchée de son dîner avalée, il accourait se mettre à copier les rôles qu'il se procurait chez le successeur de Me Chapelain.

Et souvent il travaillait fort avant dans la nuit, pendant que, près de lui, Mlle Lucienne s'appliquait à quelque ouvrage de broderie où elle excellait, ouvrage bien rétribué, d'ailleurs, car la mode commençait à venir, pour les femmes, de ces vêtements brodés à la main, si élégants et si coûteux.

La jeune fille était le caissier de l'association, et elle apportait à l'administration du capital social une si habile et une si sévère économie, que Maxence eut bientôt achevé de désintéresser ses créanciers.

—Savez-vous, lui disait-elle, à la fin de décembre, qu'à nous deux, ce mois-ci, nous avons gagné plus de six cents francs!

Le dimanche, seulement, après une semaine dont pas une minute n'avait été perdue, ils se permettaient quelques distractions.

Si le temps n'était pas trop mauvais, ils sortaient ensemble, dînaient dans quelque modeste restaurant, et terminaient leur journée au théâtre, à l'Opéra-Comique, le plus souvent, car Mlle Lucienne avait gardé une véritable passion pour la musique, de ce temps où, aux Batignolles, elle avait pour voisin un vieux compositeur.

Ayant ainsi une existence commune, jeunes tous deux, libres, n'ayant leurs chambres séparées que par la largeur du palier, il était difficile que l'on crût à l'innocence de leurs relations.