Tel qu'un homme qui reçoit un coup de massue, Vincent Favoral s'affaissa lourdement sur une chaise.

—Il sait tout!... gémit-il.

—Oui, tout!

—Vous devez me haïr mortellement....

—Je vous plains.

L'ancien caissier en était à cet instant où toutes les facultés exaltées à un degré insoutenable défaillent; où l'homme le plus fort s'abandonne et pleure comme un enfant.

—Ah! je suis le dernier des misérables! s'écria-t-il.

Il avait caché son visage entre ses mains et en une seconde, comme il arrive, dit-on, aux mourants, sur le seuil de l'éternité, il revit son existence tout entière.

—Et cependant, reprit-il, je n'avais pas l'âme d'un scélérat.... Je voulais m'enrichir, mais honnêtement, par mon travail et à force de privations.... Et j'y serais parvenu. J'avais cent cinquante mille francs à moi, lorsque j'ai rencontré le baron de Thaller. Hélas! pourquoi l'ai-je rencontré! C'est lui qui, le premier, m'a fait entendre que travailler et économiser est stupide, quand, à la Bourse, avec un peu de bonheur, on peut en six mois devenir millionnaire....

Il s'interrompit, secoua la tête, et tout à coup: