— Tu as bien réfléchi ?
— Oui ! Je ne te crains pas. Tôt ou tard mon fiancé saura la vérité : avant qu’il la soupçonne, je lui demanderai de me rendre ma parole… Va-t’en, maintenant !
Thi-Sao se leva, arrangea les plis de ses trois tuniques, agita gracieusement son ombrelle et déclara d’un ton mielleux :
— Je m’en vais, ma fille, puisque tu m’en as priée, mais il t’en cuira.
Elle s’en fut, majestueuse, et Maÿ la suivit de loin, inquiète mais bien décidée à ne se laisser point asservir. Derrière la palissade du camp, les femmes préparaient le repas du soir sur des foyers de pierres sèches : elles rirent bruyamment au passage de l’aventurière et les plus hardies se risquèrent jusqu’à l’interpeller joyeusement :
— Eh bien, ma tante, as-tu fait de bonnes affaires ?
— Vous êtes trop aimables, minauda Thi-Sao, mes affaires vont au mieux de mes désirs !
— Grâce à l’une de nous, peut-être ? insinua plaisamment une gaillarde noiraude qui portait sur la hanche son sixième rejeton.
— Hélas ! non : vous vous gardez trop bien par vous-mêmes… Vous ne vous êtes donc jamais regardées dans un miroir, ô toutes belles ? Vous mettriez en fuite jusqu’aux mauvais esprits.
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