— Eh ! eh ! Sait-elle que tu cours les rues à cette heure-ci, à la poursuite des femmes ?… Au fait, que me veux-tu ?
Il n’en savait rien au juste ; il se gratta le front piteusement, fit le geste de rajuster son turban ; puis il se rappela le métier qu’exerçait cette femme, et toute sa jalousie se réveilla : il cria :
— Qu’allais-tu faire au camp, cet après-midi ?
— Cela ne te regarde pas ! Je vais où cela me plaît et quand il me plaît !
— Je sais ! je sais !… Mais… mes camarades ont raconté à ce sujet des choses abominables, que j’ai entendues. Ils disaient… ils disaient que tu venais pour Maÿ !
— Voyez-vous le vilain jaloux !… Quand on craint pour la vertu de sa fiancée, on l’enferme.
— Ne plaisante pas ! Réponds-moi seulement : venais-tu pour Maÿ, oui ou non ?
— Je tiens ma vengeance, se dit Thi-Sao. Cette petite pécore a voulu me prouver qu’elle pouvait désormais se passer de moi et qu’elle ne me craignait pas : je vais lui démontrer qu’elle avait tort… Tant pis pour toi, ma fille !…
Hiên mit sa main sur le bras de l’entremetteuse, fixa sur elle des yeux qu’affolaient l’angoisse et la terreur des paroles attendues :
— Réponds ! réponds !