Elle s’ouvrit, enfin ; Maÿ insinua entre les deux battants sa tête emmitouflée d’un mouchoir rose, son corps mince moulé par la tunique de soie noire. Hiên se dressa : des lueurs rouges aveuglaient ses yeux qui avaient vu la faute de l’aimée ; le sang chantait dans ses oreilles et dans ses tempes. Il fit deux pas, titubant, leva son poing fermé.

— Ne me tue pas ! cria la fillette.

Il la vit, frissonnante et prête à tomber sur les genoux, couvrant de ses bras frêles son visage blême.

— D’où viens-tu ? interrogea-t-il d’une voix changée et comme enfantine, que faisaient trembler le chagrin, l’affolement, la pitié pour cette créature fragile, peut-être aussi l’espoir indéracinable que rien n’était perdu encore, qu’il pourrait l’aimer encore, qu’elle l’aimerait.

Maÿ comprit que sa terreur était vaine, que toute la fureur de ce géant se résoudrait en gémissements et en larmes, qu’il était toujours à sa merci. Elle le méprisa, et, délibérément, avec une vraie joie malfaisante, elle se promit de piétiner cet humble, ce naïf, cet « individu idiot ».

— Laisse-moi passer, dit-elle ; ne suis-je pas libre de faire ce qu’il me plaît ?

— Non !… Je suis ton fiancé…

— Imbécile ! Comment n’as-tu pas compris que je ne voulais pas de toi, que ce mariage était impossible ?… Tu m’aimes, c’est entendu ; mais cela ne suffit pas, car moi, je te hais !

— Tu m’as aimé, un jour, Maÿ.