Voici le camp. La sentinelle dort dans sa guérite. C’est Nho ; il ronfle paisiblement, accroupi sur la planche, le mousqueton entre les jambes et la tête inclinée sur l’épaule.
Dans la case de Maÿ, pas une lumière, pas un souffle. Qu’importe Maÿ, du reste ? Hiên a poussé contre le tronc centenaire le billot de teck qui sert aux femmes des tirailleurs à fendre leur bois. Il déroule sa longue ceinture de laine rouge, la jette par-dessus une grosse branche et la noue solidement.
Il a bien calculé : debout sur le billot, son menton affleure la boucle du nœud coulant. Il introduit sa tête dans la boucle, se penche, pousse du pied le morceau de bois qui se dérobe et roule. La courte lutte commence qui précède le grand repos.
La mer et la forêt sanglotent.
Ainsi finit Hiên le Maboul qui voulut vivre comme les autres hommes.
XXIII
L’Aïeul ouvrit la porte, par où pénétra l’aube grise et froide. Essoufflé et rouge, le sergent Cang le salua :
— Aïeul à deux galons, Hiên le Maboul est mort.
Derrière lui, Bèp-Thoï se détournait, pour que nul ne vît couler une larme sur ses joues flétries.