— Vénérable Aïeul à deux galons ! vénérable Aïeul !

— Plus tard !… tu me parleras plus tard !…

— Je veux !… Je veux !…

Les mots préparés s’étaient évanouis : épouvanté du son baroque de sa voix, le suppliant avait oublié jusqu’au motif de sa requête et il demeura bouche bée, roulant des yeux blancs. Des ricanements étouffés gloussèrent.

L’important Pietro expliquait :

— Mon lieutenant, c’est un fou ! Il n’y a rien à en obtenir.

— C’est bien ! Je causerai avec lui tout à l’heure.

Le tir était achevé ; les marqueurs surgirent de leur trou et, apercevant de loin la robe sombre d’Annibal, qui valsait parmi les euphorbes pâles, accoururent en brandissant leurs fanions et leurs perches et en poussant de grands cris. La compagnie aligna ses deux rangs de salaccos devant la dune, et l’Aïeul passa devant elle, au petit pas d’Annibal, pour refaire connaissance avec ses tirailleurs :

— Bonjour, sergent Cang !

— Bonjour, mon lieutenant !