— Connais-tu, demanda-t-il, certain redoutable guerrier qui lutte à la manière des lièvres et se tapit dans son terrier lorsque vient l’ennemi ?… Des gens, mal informés sans aucun doute, m’ont affirmé qu’il se nommait comme toi Phâm-vân-Hiên : coïncidence curieuse, hein ?… D’autres, et ceux-là mentaient à coup sûr, étaient prêts à jurer qu’il avait avec toi une ressemblance prodigieuse : même figure osseuse, mêmes yeux en boules, même bouche baveuse…

Hiên le Maboul tourna la tête : Maÿ abaissait ses paupières bombées et pinçait ses lèvres. Mais elle ne riait pas : elle n’avait pas entendu, probablement.

— Tais-toi, souffla Hiên, tais-toi !

Et ses bons yeux éplorés suppliaient aussi le railleur de cesser le jeu cruel. L’autre poursuivit, impitoyable :

— On dit encore que ce héros avait le même numéro matricule que toi…

Et, s’emparant de la ceinture où, sur la toile rouge, s’étalaient les chiffres noirs, il ajouta triomphalement :

— Et, ma foi, on n’a pas tort !… C’est donc toi, le guerrier intrépide, le héros qui se tapit dans la poussière, le lièvre valeureux ?

Cette fois, Maÿ entendit, et un rire méchant secoua sa poitrine sous la tunique de soie, fit onduler sa gorge renversée, plissa vilainement sa bouche ; ses yeux convulsés par la joie mauvaise eurent un regard méprisant et ironique pour le martyr affaissé. Celui-ci, un moment, éprouva l’envie lâche de rire, lui aussi… Hier, il l’eût fait ; mais aujourd’hui les leçons de l’Aïeul lui ont façonné une conscience et un honneur de civilisé…

Il se dressa, les poings fermés, les dents serrées, en face de l’insulteur qui osait le bafouer devant son aimée :

— Tais-toi ! cria-t-il, ou je te casse la mâchoire !