— Je parie que tu n’as encore rien trouvé à dire à ta bien-aimée… Avoue-le !

— Je n’ai encore rien dit, avoue le pauvre amoureux.

— Mais, mon bon ami, comment veux-tu que tes affaires marchent, si tu n’apportes pas plus d’entrain à la besogne ?… De l’audace, que diable ! Fais ta cour à cette petite fille, dis-lui entre chien et loup des choses aimables ; fais-toi valoir de toutes façons, montre-lui que tu es un homme.

— C’est ça ! s’écrie Hiên, électrisé et qui se sent un courage inconnu ; je lui parlerai !…

Promesse en l’air ! vantardise de poltron ! La lune, qui a haussé par-dessus les plumets des aréquiers son disque blême, semble ricaner.

XI

Décembre vint, avec son cortège de fêtes chômées, chrétiennes et bouddhiques, désastreuses pour l’avancement des travaux, mais bien accueillies par les tirailleurs. Hiên se réjouit plus particulièrement de ces congés supplémentaires qui lui fournissaient l’occasion de passer de longues heures auprès de Maÿ et de l’Aïeul…

La veille de Noël, au rapport de dix heures, le maussade Pietro informa la compagnie assemblée que le lieutenant accordait la permission de l’après-midi.

Cette perspective de liberté inattendue provoqua de sourds murmures de joie, que réprima aussitôt une grimace apparue sur la face bilieuse du tyran.

Hiên expédia ses soucoupes de riz, sa cigarette et sa chique de bétel et courut chez l’Aïeul.