Il hésite : devant ce petit corps dévêtu et frémissant, il s’est senti tout à coup désemparé, hébété ; un nuage rouge est descendu de ses paupières devant ses yeux, ses oreilles bourdonnent, ses mains tremblent de fièvre et cette sensation neuve l’inquiète…

Mets-toi donc là, imbécile !… Cette fièvre, c’est l’amour, le seul amour vrai, l’amour des bêtes !… Tu vas être, pour cette petite fille en délire, pareil à un dieu !… Et demain tu le seras encore, et toujours !… Et tu auras conquis le bonheur…

— Prends-moi dans tes bras, Hiên !

Elle attire de toute la force de ses poignets minces le lourdaud ; et il se défend, et il lui semble qu’il va salir son idole s’il entoure de ses vilains bras poilus cette délicate divinité d’ivoire.

— Viens près de moi, Hiên !… plus près !…

Elle est folle !… Hiên se redresse à demi, les tempes battantes, la considère avec ses yeux de bon bouledogue effaré. Et les lèvres empourprées de bétel lui crachent l’injure :

— Individu idiot !

Il se doute alors vaguement qu’il a commis quelque fâcheuse bévue, et, pour la réparer, pour apaiser la colère incompréhensible de Maÿ, il rit, il rit bêtement, et ses doigts malhabiles torturent son turban.

Les boutons d’argent ont refermé sur les seins minuscules la tunique de crépon noir et Maÿ se lève, rouge encore, un sourire méprisant à la bouche. Sans plus regarder le gueux agenouillé, elle s’en va sur la route où pleuvent les fleurs de frangipanier ; elle disparaît.

Il la voit fuir, abruti et malheureux, prêt à sangloter… Que lui a-t-il fait ?… que lui a-t-il fait ?…