— Que se passe-t-il ?
Cang ne répondait rien, demeurant adossé à l’embrasure d’un panneau, déplorant en silence le manque total d’éducation dont faisaient preuve ces marins.
Un vieillard le guida par la main, écarta du poing les indiscrets, fit asseoir son hôte sur une natte :
— Apportez au grand mandarin du thé et du bétel ! commanda-t-il.
Il prit place lui-même sur la natte en face du sergent, lui tendit une cigarette. Et Cang lui demanda :
— N’as-tu pas vu, dans tes voyages, n’as-tu pas vu mon maître ?
— Qui est ton maître ?
— L’Aïeul à deux galons.
— Ton maître est donc un vieil homme ?…
— C’est un homme très jeune, qui a des yeux clairs et souriants, des moustaches tombantes et couleur de maïs, et qui porte sur ses manches deux galons d’or. C’est un homme qui est bon avec les Annamites, qui leur parle avec une voix très douce, dans leur langue, qui donne des remèdes aux malades, aux petits enfants des sous et des caresses, qui sait lire dans nos livres et connaît nos légendes et nos poèmes… Il est instruit, il est sage comme un homme très âgé, et c’est pourquoi nous l’appelons notre Aïeul…