— Dans quelle région se trouve-t-il ?

— Il est parti par la grande route qui va de Saïgon à Hué, et, depuis son départ, nous n’avons pas eu de ses nouvelles… Quelqu’un des tiens l’a-t-il vu ?

— L’Annam est immense ; les ports où sont armées nos jonques sont innombrables : les unes ont été lancées à Nha-Trang, d’autres à Phan-Rang, d’autres à Phan-Tiet, d’autres à Cam-Ranh… Mais nous sommes des gens de la côte et jamais aucun de nous ne se risque à remonter les torrents, à pénétrer dans la montagne…

— Mais les montagnards viennent vendre les cardamomes aux villageois des plaines : peut-être un marchand, causant avec les tiens, a-t-il pu parler de mon maître ?…

— Peut-être… Holà ! vous autres, ouvrez vos oreilles : quelqu’un d’entre vous a-t-il ouï parler d’un certain Aïeul à deux galons ?

— Moi ! moi ! crièrent plusieurs voix.

— Moi, je l’ai vu !

Un jeune pêcheur sortit du cercle, s’avança près de la natte et répéta :

— J’ai vu l’Aïeul !

Un soir, sur la place étroite d’un hameau perdu, à la lisière des bois profonds, il avait vu la foule des paysans et des bûcherons assemblée autour du banc où trônait un officier, un lieutenant. Cet officier, que les notables nommaient : « l’Aïeul à deux galons », narrait une histoire que les campagnards écoutaient, bouche bée ; des garçonnets et des fillettes jouaient à ses pieds ; un tirailleur à barbiche blanche allait et venait parmi les groupes…