Il attirait à lui le tendre visage ; ses lèvres s’approchèrent des lèvres si pures. Elles s’en approchèrent mais ne les touchèrent point… Séraphine s’était soudain raidie !
— Qu’est-ce donc qui sent comme ça ?
Ses narines palpitèrent ; le doute, horrible, noircit ses prunelles. D’une main repoussant Isidore, de l’autre elle le fouillait. Elle trouva la pipe. Alors, ce fut simple, rapide et beau.
— Brute ! sale brute ! répugnant ivrogne !… Vous croyez donc que je suis née pour respirer vos odeurs de vinasse et de tabac immonde !
Elle lança la pipe par la fenêtre.
— Voilà donc pourquoi vous m’avez, ce matin, chassée de ma maison !… C’était pour vous saouler ! oui, pour vous saouler ! dans quelque bouge infâme, parmi la fumée des brûle-gueules et les crachats de jus de chique !… Bonne nuit, monsieur ! Croyez que je regrette de vous faire de la peine, mais, malgré ma bonne volonté, je ne saurais recevoir dans mon lit une bête puante.
Ayant prononcé ces paroles hautaines, elle entra dans sa chambre et poussa le verrou.
Isidore, confus, n’insista pas…
— Ça doit être le vouvray, pensait-il ; il n’était cependant pas mauvais !… Et puis, surtout, la pipe !… Aussi pourquoi ai-je acheté une pipe ? Stupide ! Stupide !… Mille tonnerres du tonnerre de bois !
Le lendemain matin, à une heure convenable, le coupable se présenta pour obtenir son pardon. Il ouvrit sans peine la porte, mais la chambre était vide. De nouveau, l’oiseau s’était envolé.