— Celui qui n’a jamais battu sa femme n’est qu’un lâche !
— Toi, cauje ! cauje toujours ! disait Mme Poisramé en rendant la monnaie.
Isidore sortait de préférence avec M. Pioutre. Bien qu’il ne fût pas ce qu’on appelle un garçon fier, il faisait la différence entre la compagnie d’un professeur retraité et celle d’un chercheur de coquillages ou d’un aubergiste.
M. Pioutre parlait abondamment en faisant toutes les liaisons. De plus, il savait interroger. Bribes par bribes, Isidore lui contait son histoire, presque sans mentir.
Pour ne pas être en reste, le professeur, à son tour, parlait de sa famille ; de son fils Rufin, sujet de premier ordre — caractère un peu jeunet, mais fallait-il s’en plaindre ? — de Mme Pioutre qui avait de petits travers comme tout le monde, mais qui n’en était pas moins une mère admirable et la tendre compagne de sa vie ; de sa fille enfin ! de sa fille Isabelle, parée de toutes les grâces et de toutes les vertus, sérieuse, aimable, distinguée, musicienne jusqu’au bout des doigts, de goûts modestes, adorant la campagne, l’odeur des landes, la voix des chiens, le son du cor, le soir, dans les forêts profondes… bonne ménagère par surcroît, bien qu’elle eût des clartés de tout.
Isidore, écoutant tout cela, pensait :
— Bon Dieu de bois !
Il devint l’ami de M. Pioutre. Ils firent ensemble de longues promenades. Plusieurs fois, ils allèrent le long de la côte avec Hindenbourg. M. Pioutre se baigna avec délices pendant qu’Isidore promenait le chien. Cela, bien entendu, loin des yeux de tous et dans le plus grand secret.
Enfin M. Pioutre eut l’aimable idée de présenter Isidore à sa famille ; il exprima cette idée en termes choisis. Isidore désirait vivement connaître Mme Pioutre, le garçon au caractère jeunet et surtout Mme Isabelle. Il éprouva donc une joie certaine ; mais, pris au dépourvu, il fut également un peu effrayé. Il balbutia, confus et rougissant :
— Je vous remercie du fond du cœur, monsieur Pioutre ; mais voyez : ma tenue est négligée… De plus, aujourd’hui mes instants sont comptés.