Lorsqu’il écrivait à Mariette, il ne lui disait point au plus juste ce qu’il faisait à la caserne. Il se contentait de lui laisser entendre qu’il était très occupé aux besognes de la guerre ; en réalité, il n’en remuait pas lourd. Il eût été fort ennuyé de se présenter aux yeux de Mariette sous la souquenille qu’on lui avait donnée pour blanchir les corridors et recimenter les urinoirs. De même se gardait-il bien de lui raconter que les vrais soldats, qu’il coudoyait parfois, le jalousaient très fort, s’extasiaient amèrement devant sa chance ou l’abreuvaient d’insultes, selon l’occasion. Cela n’était pas bon à dire. Il écrivait à Mariette qu’il ne pensait qu’à elle, ce qui n’était pas un gros mensonge, et qu’il désirait beaucoup aller la voir pour lui parler sérieusement, ce qui était la pure vérité.
Il fit ce voyage aussitôt que ses bons services de maçon lui eurent valu une permission. En arrivant au village, il tomba dans les bras de l’oncle Anselme qui versait des larmes de joie en expliquant que, justement, ce pauvre Victor se trouvait, lui aussi, en permission. Dominique ne resta pas longtemps dans les bras de l’oncle Anselme et il n’écouta point ses explications. Il n’avait qu’un désir : voler au-devant de Mariette et lui mettre son cœur sous les yeux, ouvert comme un livre. Si grande était sa fièvre que, pour peu que Mariette eût voulu l’écouter, il eût envisagé, d’une âme ferme, le mariage et tout ce qui s’ensuit.
Heureusement, ce tintouin lui fut épargné.
Il rencontra Mariette assise précisément à cette croisée de chemins où, en une heure de veine, il avait fait demi-tour pour aller plus loin se casser l’os de la jambe en plusieurs morceaux. Il ne plia qu’un genou devant elle, parce que l’autre était raide, mais il s’écria :
— Mariette ! je t’aime cent fois plus qu’avant de partir pour la guerre ! Si tu veux me rendre le plus heureux des hommes, laisse-moi m’asseoir, pour commencer, sur le coin de ton tablier !…
Et, sans songer que, la veille, il avait eu la tête rasée avec une tondeuse à barbe, il continua ainsi :
— Mariette ! Mariette !… passe ta main, ta petite main de lingère, tout doucement dans mes cheveux !
Entendant cela, Mariette éclata de rire et le repoussa d’une tape sur l’occiput.
— Tu es bien toujours le même, Jean le Sot !
Dominique retrouva son équilibre et sa dignité. Il fut un peu en colère.