— Tu parles mal, Mariette ! Tu parles fort mal à un soldat qui revient de la guerre !

Il n’avait pas achevé ces mots qu’une main, dure comme la justice, s’abattait sur sa nuque.

— Qu’est-ce qu’il chante ?… Dominique ! Hé ! dis donc, vieux Dominique !… C’est toi qui reviens de la guerre ?

Dominique se redressa comme il put et il reconnut ce sacripant de Victor, son pauvre grand Victor qu’il aimait tant !

Certes, à ce moment-là, Dominique eût bien envoyé Victor aux cinq cents diables. Il n’en fit rien pourtant.

— Je suis bien content de te retrouver en bonne santé ! dit-il.

Et il embrassa Victor, comme c’était, d’ailleurs son devoir.

— Tu reviens de la guerre, toi ! Tinette d’hôpital !… Tu as de la chance, tiens, d’être mon cousin, presque mon frère, mon petit Dominique… ce qui fait que mon amitié te protège… sans ça, je te mettrais quelque chose sur le coin de la figure pour te fixer les idées un petit peu… Ah ! vrai ! tu as de la chance, gadousier ! une sacrée chance !

Parlant ainsi et riant à grand bruit, Victor n’en heurtait pas moins, de son poing fermé, la tête de Dominique. Mais Dominique, depuis son enfance, était habitué aux manières inimitables du lascar ; il ne s’en fût nullement offusqué, n’eût été la présence de Mariette qui le gênait un peu. Tout d’un coup, Victor le fit tourner sur lui-même et, d’une poussée, le renvoya au milieu de la route.

— Va-t’en, gadousier ! Et que je ne t’y reprenne plus ! Allons ! va-t’en bien vite à la maison : j’ai deux mots à dire à Mariette.