— Je me permets, dit-il de solliciter toute votre indulgence, car je ne me dissimule pas que la proposition que je vais émettre pourrait, à certains, sembler saugrenue. Mais enfin, voici notre ami dévoué qui vient perdre auprès d’un convalescent l’heure la plus belle du jour. Si j’en crois ses confidences réitérées, il a coutume de consacrer cette heure et les suivantes aux joies de la manille aux enchères. Pourquoi le priverions-nous de cette honnête et agréable distraction ? Nous avons ici des cartes, une tonnelle ombreuse, des liquides frais. Rufin, qui est sorti ce matin, ne saurait tarder à revenir et il connaît tous les jeux de hasard ; moi-même, il m’est arrivé autrefois de faire un coin de table, pour obliger certains collègues un peu libertins…

Isidore, enchanté, fit pourtant des manières. Il aimait jouer, certes, mais ce n’était pas chez lui une telle passion !

Mme Pioutre emporta ses dernières hésitations.

— Voyons, monsieur ! dit-elle, sans cérémonies ! Cela rajeunira mon mari.

— Oui, dit M. Pioutre, j’ose affirmer que cela me rajeunira singulièrement.

Isidore eut un sourire silencieux.

— Ces dames, pensa-t-il, sont charmantes, mais un peu naïves ; le bonhomme les embarque comme il veut… Moi-même, il me faisait voyager avec son Hindenbourg et son Ravachol !

Mme Isabelle avait installé une table de jeu ; Isidore, sans perdre de temps, donna les cartes pour jouer à trois. Mais Rufin ne paraissait point ; toujours ce caractère jeunet !… Absent depuis le matin, que pouvait-il bien faire ? Où diable était-il passé, ce Rufin, dit Broc ? Mme Pioutre sortit avec Messaline dans l’espoir de le rencontrer.

— Ma fille, dit M. Pioutre, si j’osais, je te proposerais de prendre cette place en attendant le retour de ton frère…

Mme Isabelle rougit de surprise.