Mme Poisramé chantait. Dans l’air radieux, sa voix pure venait par vagues mollement balancées.

Sur les bords… de la Ri… viéra,

Où murmu… re une bri… je embaumée…

Bouleversé par cette musique qui lui allait droit à l’âme, Isidore prit la main de sa fiancée. Isabelle eut un sourire enchanteur et tourna vers lui deux yeux sans fond.

ÉPILOGUE

Par un clair matin du mois d’août, un an tout juste après les événements que nous venons de raconter, un homme, tenant en laisse un bouledogue, marchait sur les sables de la mer.

La même mer, les mêmes sables, le même sale vieux bouledogue éternel.

Seulement l’homme, lui, n’était plus M. Pioutre.

Le lecteur le plus innocent a déjà deviné que cet homme était Isidore Duribouc. Un pauvre Isidore bien changé, maigre, voûté, les épaules aiguës et les cheveux gris. La peau de son visage, beaucoup trop grande pour le contenu, formait de mornes rides. Ses yeux, profondément enfoncés dans les orbites, étaient des yeux d’esclave souvent battu.

Il suivait la dernière ligne d’écume rejetée par les flots ; chaque nouvelle vague venait lui cracher sur les pieds, mais il n’y prenait garde. Sombre, il allait droit devant lui, traînant Hindenbourg. Sous son crâne roulaient les plus tristes pensées.