Que d’événements en cette année qui venait de s’écouler ! que de douloureuses surprises !… La maison de ses pères abandonnée, puis vendue ; sa fortune écartelée… Rufin, dit Broc, s’avérant un coquin sans scrupules… M. Pioutre, vieille pratique, l’abandonnant lâchement en face des bêtes exécrées et sordides, de l’inexorable Mme Pioutre, de l’affreuse Isabelle… Oh ! cette Isabelle !… Tous les défauts de Séraphine et bien d’autres encore sans nulle compensation ! Tous les défauts au paroxysme, servis par une intelligence diabolique et une volonté de fer !

Isidore n’essayait plus de lutter ; il était dressé pour la vie.

Il n’avait jamais songé sérieusement au divorce à cause de ses convictions religieuses. Au contraire, dans les premiers temps, il avait plusieurs fois songé au crime et au suicide. Mais cela aussi était défendu ! Isidore craignait Dieu et l’opinion. En outre, le crime répugnait à sa nature foncièrement douce ; et, quant au suicide, il n’est pas si facile que cela de s’y décider.

De toute son âme, il souhaitait une nouvelle guerre ou, du moins, la mobilisation. Il se raccrochait à cet espoir comme à l’unique bouée de sauvetage. Or la guerre, bien qu’elle menaçât toujours, n’éclatait point ! et Isidore se prenait à murmurer :

— Mais qu’est-ce qu’ils f… donc, les diplomates !

Par ce matin radieux, Isidore, traînant Hindenbourg, se remémorait avec une affreuse mélancolie sa jeunesse heureuse, les riantes années de collège et de caserne, toute sa vie facile et douce de bon garçon ; et même, il regrettait les jours terribles de la guerre, les longs mois de captivité chez les ennemis et le temps de son esclavage auprès de Séraphine, de cette Séraphine un peu fantasque certes, mais jeune et jolie et qui, du moins, se contentait d’un couple de poissons rouges.

Tout cela, c’était le passé ! Maintenant, il n’y avait plus d’issue.

Ah çà ! mais ! est-ce qu’il ne rêvait point !…

Il leva sa main libre, passa lentement ses doigts sur ses yeux. Puis il regarda autour de lui. La marée montait ; malgré l’heure matinale on voyait çà et là quelques baigneurs.

A vingt pas d’Isidore, une longue plate-forme ; à l’extrémité de cette plate-forme un bonhomme, replet comme un œuf. Tout à coup, ce bonhomme fit une cabriole et plongea dans la mer. Il reparut au bout de quelques secondes, souffla, se laissa flotter comme une outre, puis nagea avec vivacité vers le rivage. Il reprit pied devant une jeune personne rondouillarde qui entrait dans l’eau en poussant de petits cris. Isidore entendit ces paroles :