— Je vous prie, ma toute belle, d’agréer mes salutations les plus empressées et les plus cordiales. Je me consumais d’impatience à vous attendre… Si vous voulez bien me le permettre, je vais incontinent vous donner la première leçon. Veuillez vous allonger sur l’eau… Bien !… Maintenant creusez les reins !… creusez !… Ne craignez rien, ma reine ! je vous soutiens des deux mains !
Isidore ne voulut pas en savoir davantage. Il continua sa route, rapidement, et quelque chose commença de tourner dans sa tête. Bientôt, il s’arrêta. Une troupe joyeuse venait de s’embarquer sur un canot et gagnait le large. Des cris de jeunes femmes montèrent et des rires et de folles chansons. Isidore reconnut Séraphine, Broc et tous leurs amis. Séraphine était en mousse, culottée très juste, les bras nus, les mollets nus. Elle cria tout à coup :
— Broc, regarde un peu, chère âme, ce bonhomme avec son chien !
Broc et tous les autres regardèrent Isidore et ils le reconnurent. Il y eut de grands éclats de rire. Séraphine se dressa à l’arrière du canot et tira la langue. Le soleil du matin, dorant ses cheveux fous, lui faisait une tête d’ange et elle avait des bras éblouissants.
Isidore demeura hébété ; puis il reprit sa marche, les yeux un peu hagards. Si bien qu’il vint heurter le derrière d’un homme qui se penchait en avant pour ramasser des coquillages. L’homme se redressa et dit avec un bon rire :
— Pardon ! monsieur !… ça, ce n’est pas mal !… Il y a des choses curieuses ; je le disais tout à l’heure à ces jeunes gens. Mais, monsieur… il me semble… n’ai-je point l’honneur de vous connaître ?… Moi, je m’appelle Arrivé… ça vous étonne ?
— Pas du tout ! coupa Isidore.
— … Cela s’explique pourtant très bien ! Écoutez un peu, je vais vous faire rigoler…
— Je ne veux pas rigoler ! riposta Isidore.
Et, farouche, les yeux pleins de flammes, il fonça droit devant lui, comme une bête traquée, vers l’horizon lointain. Une tempête soufflait sous son crâne. Longtemps il alla ainsi, puis, au milieu du jour, il se mit à marcher vers la gauche sinistre et revint chez lui. Il trouva la villa déserte. A cette heure caniculaire, Mme Pioutre se réchauffait sur la plage ; quant à Isabelle, elle était quelque part, à l’ombre, en conversation avec un vieil ami. Isidore ne rechercha point ces dames. Par contre, il rassembla toutes les bêtes : les chiens, les chats, le perroquet, les serins, les tortues, l’écureuil et les poissons rouges. Puis, quand il les eut à sa portée, il les massacra avec des raffinements inouïs de cruauté.