— Je crois que je mettrai une petite guimpe ! conclut-elle en repliant le fichu.

Puis elle passa dans sa chambre et cria : Bonne nuit ! en poussant le verrou.

Cette vie dura deux jours. Le jeudi, Philémon devait conduire un veau à Niort, chez Carassou, le boucher. Il trouva ses hardes préparées comme à l’habitude, son chapeau brossé, sa bourse sur la table. Il s’habilla et il s’apprêtait à sortir quand Loïse cria du grenier :

— Songe bien à demander l’adresse de la tailleuse !

Le bonhomme, qui s’en allait content, plia les reins comme un limonier sous le coup de fouet.

— Nom de d’là ! jura-t-il, j’en ai assez !

Il revint sur ses pas, rafla la carte qui était toujours piquée au cadre de la glace et sortit en faisant claquer la porte.

Il fit un peu claquer la porte de la maison, fit claquer fort la barrière du courtil et, quant à la porte de l’étable, il l’ouvrit d’un grand coup de pied.

Relevé, détaché, bridonné en un tour de main, le veau comprit sans doute que l’heure n’était pas à la flânerie, car il se mit à trotter comme un petit poulain.

A mi-chemin de la ville, Philémon, qui se sentait à bout d’haleine, attacha le veau à un arbre et s’assit sur l’accotement de la route.