Le jeudi, il mena la vache. Ayant tout préparé la veille, il s’esquiva avant l’aube ; pour ne pas arriver trop tôt à la ville, il dut muser en chemin. Il revint le soir, un peu moins ivre que le jeudi précédent. Quand Loïse voulut mettre la main sur la bourse, pour la première fois de sa vie il se rebiffa nettement.

A partir de cette heure, ce fut la guerre.

Le bonhomme, deux fois par semaine, filait vers Niort. Loïse avait beau lui cacher ses souliers et tenir ses hardes sous clef, il s’absentait quand même. Les cinq cents diables ne l’eussent pas retenu. Quelquefois la folie le prenait en plein travail ; alors il jetait son outil et coupait droit à travers la plaine, son long nez dans le vent, comme un chien grand quêteur qui a trouvé un souffle errant.

La nuit le ramenait généralement ; mais Loïse, dès la brune, avait verrouillé la porte et il s’en allait coucher dans le fenil.

Au chant du coq, il était dans la cour et, dressé sur ses pattes, il sifflait de petits airs.

Il prit goût à fumer et à faire le plaisant. Il marchait d’un pas élastique et ses yeux ne dormaient plus. Un soir que la Rougeline le harcelait, il lui lança tout droit :

— Quoi que c’est, la vieille ? C’est-il que tu veux que je t’embrasse ?

La voisine pensa choir ! Elle conta la chose à Loïse qui la reçut fort mal. Elles se brouillèrent.

Le bruit se répandit à Niseré que le père Philémon de la Commanderie avait eu un transport au cerveau et qu’il marchait en bon chemin de folie ; on découvrit ensuite qu’il buvait ; enfin on ne tarda pas à savoir qu’il se mettait en débauche en compagnie de galvaudeux et de claque-patins.

La Loïse fit front, en maîtresse femme qu’elle était. A toutes celles qui firent mine de la plaindre, elle rabattit le caquet.