Dans la petite cour, derrière la maison, nous attendons, le buraliste du village et moi. Le buraliste est un jeune homme, mutilé de guerre, qui a laissé son bras gauche dans une ambulance de Champagne. Hier, le père Hoursault, qui était à la ville, a pris son sac de tabac dans sa voiture, et lui, ce matin, en échange, vient donner un coup de main. Un service en vaut un autre.

A pas lourds, « l’homme du pays » sort enfin de sa chaumine enfumée. Noble tête !

Premièrement, il faut peser le cochon. Nous allons le peser vif, puis nous le pèserons mort. Cela, pour qu’il n’y ait pas de contestations dans le partage. Le père Hoursault prend sa moitié ; moi, la mienne, le fils Hoursault aura sa part et le gendre également un petit morceau. Ces deux laboureurs ne sont pas ici ; cela se comprend, d’ailleurs : pour ce qui doit leur rester !

Pour peser le cochon, nous le ferons entrer dans une sorte de cage à claire-voie que nous porterons ensuite sur la bascule.

La porcherie est toute noire ; le cochon dort.

Hoursault tient la cage ouverte devant la porte. Le buraliste et moi, plus ingambes, nous entrons.

— Lève-toi, dit le buraliste ; lève-toi, pauvre vieux !

Le cochon ne bougeant pas, je lui flanque mon pied au derrière.

Le pauvre vieux se relève d’un seul coup, fonce comme un sanglier et nous voilà tous les deux à terre, le buraliste et moi. Que dis-je, à terre ! Plût à Dieu ! Nous sommes dans le fumier, et je me suis, en tombant, cruellement écorché le coude à une pierre de la muraille. Cette bête féroce va-t-elle maintenant nous éventrer ?

Hoursault jure ; il s’impatiente.