— Tenez pas debout, donc ?
Nous nous considérons, le cochon et nous, avec méfiance. Brusquement, nous nous précipitons : le buraliste saisit la queue, moi je m’accroche aux oreilles… mais le cochon nous emporte en une ronde infernale ; nous nous heurtons aux murs, nous nous déchirons. Le cochon grogne de colère ; à la porte, Hoursault jure plus fort.
A la fin, je tombe dans l’auge, vide heureusement ! Je saigne partout. Que le diable arrête ce cochon s’il en a le pouvoir ; moi j’y renonce !
Alors Hoursault fait simplement :
— P’tit ! P’tit !
Et la bête entre toute seule dans la cage.
Le cochon pèse deux cent vingt livres. J’inscris sur un calepin : 220. Hoursault met onze petits cailloux sur l’appui d’une fenêtre : onze vingts.
Hoursault a de grands couteaux comme un boucher. Mais il ne s’en servira pas. Il sort de sa poche un petit couteau à manche de corne. J’espère qu’il ne va pas saigner cette malheureuse bête avec ça !
— Vous n’y pensez pas, père Hoursault !
Il ne faut pas lui faire la leçon. Ce couteau, il l’a trouvé sur la route, complètement rouillé. Il s’est amusé à l’aiguiser et maintenant le couteau est sans pareil… Que personne ne vienne dire le contraire ! Hoursault, ancien maréchal, s’y connaît en aciers, peut-être !… Ce couteau coupe comme un rasoir.