La vieille, qui est si blanche, si frêle, ne s’évanouit pas comme on pourrait s’y attendre. Elle s’approche de moi et, de son adorable petite voix flûtée :

— Guettez-le, mon bon monsieur ! Guettez-le ! Qué rosse !

Admirable franchise d’allures !

Je sourirais, je sourirais niaisement, si je le pouvais. Mais le cochon se démène comme on doit se démener quand on a un petit trou à la gorge. Cramponné à la corde, je tire des deux mains, de toutes mes forces ; si je faiblis, le cochon va se relever. Je ne peux pas rire ; non, je ne peux pas rire. Je sens d’ailleurs que mon lorgnon glisse sur mon nez humide de pluie, humide de sueur.

Le barbare, enfin, enlève son pouce, et, furieusement, d’un seul coup, plonge son petit couteau. Malheur ! il l’a plongé à faux, à côté du trou ; il a piqué dans les os de l’épaule.

La pauvre bête hurle, tire désespérément, et je danse au bout de la corde. Derrière moi, j’entends rire des gamins : cela devait arriver ! Mon Dieu ! cela va-t-il durer longtemps ? Mon lorgnon glisse, glisse…

Il tient à la vie, ce cochon ! N’en finira-t-il pas de mourir ? S’il se taisait, seulement !

Mon lorgnon tombe et ne se fêle pas. Un brouillard subit emplit le monde…

Le barbare plonge toujours son petit couteau. Les trous ont dû se réunir. Il me semble que je distingue une énorme plaie rouge où la lame pénètre, où le manche pénètre, où les doigts pénètrent.

Cela dure depuis combien de temps ? Une heure ? huit jours ? Cent ans ? Le barbare, d’une voix terrible :