Puis il s’en va, disant à sa mère :

— Celle de chez nous veut le quartier de devant.

Je passe la matinée accroupi près du cochon, entre les deux vieux. Nous lavons, frottons, raclons. Le petit couteau coupe comme un rasoir. J’ai le droit de le voir, non de le toucher.

— Un maladroit se blesserait à mort ! dit le vieux.

Lorsque je suis revenu, après déjeuner, la fille Hoursault sortait de chez ses parents. Elle était venue dire ce qu’elle désirait : on lui réservera un quartier de derrière.

Ces pauvres gens ont une singulière arithmétique : les vieux prennent la moitié, moi la moitié, le fils et le gendre un quart chacun… et il restera encore la tête, les pattes et la queue…

Nous avons installé le cochon sur une échelle, puis il a fallu dresser cette échelle contre un mur.

Nous avons donc levé le bout de l’échelle et je me suis placé dessous. J’ai, plus d’une fois, porté cent kilos sur mon dos, mais je n’avais jamais porté de cochon. Comme je dressais l’échelle, cette brute d’Hoursault, qui devait maintenir le pied, a tout lâché et j’ai reçu le poids sur les reins.

J’ai ressenti une douleur très vive, qui s’est apaisée cependant peu à peu. A l’heure où j’écris, elle semble se réveiller fâcheusement. Un muscle doit être déchiré, je ne peux pas remuer sans recevoir un coup de poignard dans les lombes.

Hoursault a fendu le cochon ; son petit couteau-rasoir coupe tout ce qu’il approche ; il a coupé les boyaux et j’ai assisté à une nouvelle scène entre les deux suaves vieillards. J’ai dû envoyer un gamin chercher ma bonne, pour je ne sais quelle obscure et sordide besogne de lavage sur laquelle je n’arrête pas ma pensée.